Depuis que je couvre ces sujets, je fais face à un constat. Ce sont les médias qui décident de ce qui est concernant et ce qui ne l’est pas. Les rédactions trient les histoires qu’elles jugent les plus vendeuses. Sauf que celles et ceux qui composent les rédactions ne sont pas les plus touché·es par les pollutions. Résultat, les communautés les plus impactées sont souvent invisibilisées. Ma tâche à moi, en tant que journaliste, c’est de les mettre en lumière.
Rémi-Kenzo (à droite) lors de notre grand quiz des pollutions le 30 septembre dernier à l'Académie du Climat. Photo : Dorian Mao
Prenons un exemple sur lequel je travaille depuis 2019 : l’agent Orange. Alors oui, vous me direz, on parle d’un écocide qui date de la deuxième guerre d’Indochine et qui a touché des pays lointains (le Vietnam, le Cambodge et le Laos). Mais saviez-vous qu’il y avait toujours des contaminations à cause de l’agent Orange ? Que dans vos voisinages, des enfants naissent aujourd’hui encore contaminés parce que les maladies causées par ce poison se transmettent de générations en générations ? Et que des Français·es issus des diasporas (très nombreuses en France car on parle d’anciennes colonies) sont concerné·es ?
Mettre en lumière le racisme environnemental
J’en ai interviewé, qui ont grandi en plein cœur de Paris ou de Marseille. Je vous assure que pour elleux et leurs proches, ces sujets sont très concernants. Mon travail et celui de mes confrères et consoeurs, nos informations, elles permettent à celles et ceux qui nous lisent de faire un lien entre leurs maladies et les causes parfois liées à des pollutions anciennes. C’est vital.
C’est la même histoire concernant le chlordécone dans les Antilles françaises. C’est la même histoire dans le désert du Sahara algérien ou dans les îles du Pacifique exposées aux essais nucléaires. C’est la même histoire dans les quartiers populaires. C’est la même histoire dans les aires d’accueil des gens du voyage. C’est la même histoire que je documente désormais autour de certains data center.
Et si on mettait davantage en lumière ces histoires de racisme environnemental ? De colonialisme chimique ? Et si on décidait que ces histoires de pollutions et ces destructions écologiques ne soient plus les parents pauvres de nos enquêtes ? Qu’elles méritent aussi leurs places dans les magazines ?
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Rémi-Kenzo Pagès, journaliste d’Enketo
