Kessel

« J’ai fini par arrêter mes enquêtes sur les pollutions industrielles »

Bonjour à toutes et tous, moi c'est Nicolas Cossic, journaliste membre d'Enketo. En début d'année, j'ai révélé l’une des plus graves contaminations aux PFAS dans les Ardennes. Pourtant, cet été, j'ai mis en pause mes enquêtes sur ces sujets d'utilité publique. J'avais besoin de retrouver davantage de stabilité financière... Je vous explique.

Celles et ceux qui suivent l’actualité des PFAS – ou « polluants éternels » – me connaissent peut-être puisque j’ai développé une véritable obsession pour ces petites molécules aussi coriaces que toxiques. Tout a commencé il y a deux ans, lorsque j’ai quitté la rédaction locale où je travaillais, un boulot plutôt stable, pour me lancer à la pige.

Être journaliste pigiste, ça veut dire travailler pour plusieurs médias, lesquels vous rémunèrent à l’article et non selon un temps de travail fixe. Un mode de fonctionnement par définition précaire – pas d’articles à la fin du mois ? Pas de salaire – mais qui offre aussi plus de liberté. Pour moi, c’était la possibilité de faire des enquêtes approfondies sur les pollutions industrielles.

Mais se lancer dans des enquêtes de plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, sur des sujets aussi complexes, quand on est un pigiste solitaire, ça peut être vertigineux. C’est pourquoi j’ai rejoint Enketo, un collectif de journalistes indépendant·es, comme moi, où on mutualise nos forces afin d’être en mesure de révéler des scandales écologiques et sanitaires ensemble.

Nicolas Cossic, en pleine présentation de son travail sur les PFAS, le 30 septembre dernier à l'Académie du climat. Photo : Dorian MaoNicolas Cossic, en pleine présentation de son travail sur les PFAS, le 30 septembre dernier à l'Académie du climat. Photo : Dorian Mao

Sans cela, l’enquête que j’ai menée avec Hugo Coignard, pour Reporterre, sur les conséquences de l’enfouissement de déchets contaminés aux PFAS par Tefal, à Rumilly, ne serait peut-être jamais sortie. Car cette investigation nous a demandé de collecter une masse de documents, de les éplucher, de nous rendre sur les terres de Haute-Savoie pour mener des recherches sur place, aux archives comme en frappant aux portes. Un travail de longue haleine, difficile à conduire seul.

Pour que des pollutions ne restent pas enfouies…

Au cours de ces deux dernières années, j’ai aussi pu révéler, comme je vous le disais en introduction, l’une des plus graves pollutions aux PFAS dans les Ardennes, qui touche l’eau, les sols, la production agricole et les corps des habitant·es. C’est à lire sur Disclose. Ou encore, pour Splann, la façon dont 3 000 habitant·es de Rostrenen, une commune bretonne, ont consommé pendant des années une eau surchargée en « polluants éternels », en dépit d’alertes ignorées par l’État.

Mais mener l’enquête en étant pigiste peut vite se révéler éreintant et la rémunération est rarement à la hauteur de l’investissement que cela demande. Une situation intenable sur le long terme, malgré ma volonté de mettre ces sujets dans le débat public. Après deux ans à enquêter sur les pollutions industrielles, j’ai fait le choix de quitter la pige pour retrouver un travail en rédaction. J’ai retrouvé davantage de stabilité, notamment financière. Mais pour le grand public, cela veut dire moins d’enquêtes, moins d’impact, et au final, des pollutions qui restent enfouies.

C’est pour cela qu’Enketo est à un moment critique de son histoire. Pour que mes camarades pigistes puissent continuer à enquêter et à révéler les affaires qui concernent votre environnement et votre santé, nous avons besoin de votre soutien financier. Nous avons lancé le 1er octobre notre première campagne de récolte de dons. L’objectif ? Nous donner les moyens d’enquêter sur plusieurs mois, plus sereinement. Car notre précarité profite à ceux qui polluent. D’avance, un grand merci !

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Nicolas Cossic, journaliste d’Enketo

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Par Enketo